
Article original publié le 11 mars 2014 par Mustapha Kessous sur Le Monde
L’immigration aux Etats-Unis de 1892 à 1954
Douze millions d’immigrants ont foulé ce bout de terre. Une terre promise qui pouvait offrir une nouvelle existence à New York ou ailleurs. Ellis Island a été pendant plus d’un demi-siècle considérée comme la porte des États-Unis. Cette toute petite île, située tout près de la statue de la Liberté et non loin de Manhattan, a été le passage obligé pour tous les étrangers qui espéraient vivre dans ces immenses buildings qui chatouillent, parfois, les nuages.
Le documentaire Ellis Island, une histoire du rêve américain revient sur ce légendaire centre d’immigration, de son ouverture en 1892 à sa fermeture en 1954. Il retrace aussi le pénible parcours de ces familles qui ont dû quitter l’Europe pour le Nouveau Monde. De ces hommes et de ces femmes qui, pour certains, économisaient des années pour pouvoir se payer le voyage jusqu’aux États-Unis. Le Sicilien Salvatore Lucania a d’ailleurs raconté dans ses Mémoires la façon dont lui et sa famille se privaient de manger pour pouvoir mettre suffisamment d’argent de côté et faire ce fameux voyage. Lucania qui deviendra plus tard un puissant parrain de la Mafia new-yorkaise…
DOUCHE FROIDE
La traversée se faisait en paquebot et durait un mois, les plus pauvres entassés dans les classes inférieures, dans une chaleur étouffante. Une fois sur Ellis Island, dans un bâtiment construit comme une gare parisienne, les familles attendaient encore plusieurs heures en espérant que les agents les autorisent à entrer en Amérique. Avant le verdict, elles devaient passer devant le contrôle d’hygiène. Les plus malades risquaient d’être refoulés. Ce centre d’immigration était aussi connu pour ses fonctionnaires corrompus et le racisme de certains de ses dirigeants : Juifs, Italiens, Arabes, Arméniens (entre autres) n’étaient guère appréciés.
Une fois à New York, c’était souvent la douche froide pour ces nouveaux arrivants qui avaient quitté la misère de leur pays pour en trouver une autre à l’ombre des gratte-ciel. Le quotidien n’était pas facile. Un immigrant se rappelle une histoire qu’on lui racontait au pays : les rues de la cité étaient « pavées d’or ». « Elles n’étaient pas pavées, alors on nous a dit de les paver », se souvient-il.
Le film de Michaël Prazan est d’une grande richesse. Intelligemment rythmé à partir d’images d’archives et d’analyses d’historiens, Ellis Island, une histoire du rêve nous raconte l’immigration des États-Unis. Et nous montre, au final, une vision peu idyllique du « rêve américain ».

Ellis Island, une histoire du rêve américain
Réalisateur : Michaël Prazan
Auteurs : Michaël Prazan et Christiane Ratiney
Producteurs : ARTE France, Les Films d'Un Jour
L’immigration aux États-Unis de 1892 à 1954, à travers un passionnant récit polyphonique qui embrasse la petite et la grande histoire.
Synopsis
En 1892, Ellis Island, dans la baie de New York, devient la principale porte d’entrée aux États-Unis pour les immigrants qui arrivent de plus en plus nombreux d’Europe. Inauguré en 1900, après un incendie qui a ravagé les anciens bâtiments, l’immense centre aujourd’hui transformé en musée va voir passer, jusqu’à sa fermeture, quelque 12 millions de personnes...
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